Lettre adressée aux sénateurs par le Comité Véritas

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Au-delà de l'indignation et du dégoût que nous inspire votre proposition de loi, nous constatons que depuis la troisième République française, notre pays est entré en dégression morale, humanitaire, civique.

En effet, quand la troisième République a totalement amnistié les communards de 1871- (vers 1881-1882) il fut interdit à tout mouvement politique de faire publiquement état des crimes et délits antérieurs de la période de la Commune dans leur idéologie fondatrice.

Il fut interdit, aussi, de stigmatiser le culte rendu par certains citoyens (amis, descendants) aux communards vivants ou morts, y compris ceux qui furent fusillés pour crime de sang: la loi d'amnistie a rendu légal
l'hommage rendu par ceux qui le désirent au mur des fusillés du cimetière du père Lachaise qui est bien un lieu public.

Aujourd'hui, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, vous qui vous prétendez, dans ce pays, les champions des Droits de l'Homme, seriez prêts à bafouer les textes et les lois accordant amnistie aux patriotes français qui ont choisi de prendre les armes soutenus par tout un peuple français dont ils incarnaient la volonté de vivre français sur leur terre française.

Le texte des accords d'Evian précisait, dans les dispositions communes aux deux partis, que
nul ne pourra faire l'objet de mesures de police ou de justice, de sanctions disciplinaires, ou d'une discrimination quelconque, en raison d'actes commis à l'occasion des événements survenus en Algérie avant le jour de la proclamation du cessez-le-feu.

La loi du 31 juillet 1968 amnistiait même les actions commises après le 19 mars 1962 avec libération immédiate de tous les détenus de l'O.A.S.

La loi du 23 octobre 1982 rétablissait dans leurs droits et leurs grades tous les militaires et les civils restant sous le coup d'une condamnation après l'amnistie de 1968.

Votre proposition de loi, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, va à l'encontre des textes de loi qui interdisent toute discrimination publique infamante à l'encontre de citoyens français totalement amnistiés, ce qui est le cas pour tous les membres de l'O.A.S. vivants ou morts.

On ne voit pas comment une semblable tolérance ne serait pas accordée aux amis proches et descendants des membres l'O.A.S. après le précédent de la Commune. De même l'évocation des événements d'Algérie reste libre de toutes les interprétations: nous sommes en démocratie et toute entrave à la liberté d'opinion nous rapprocherait dangereusement de régimes totalitaires trop connus, dont certains auteurs de ce projet de loi scandaleux semblent avoir gardé la nostalgie.

Vouloir définir un politiquement correcte dans la rédaction de l'Histoire, et créer un délit de négationnisme fut toujours le propre des républiques populaires du joug desquelles tous les peuples en Europe se sont débarrassés depuis plus de vingt ans.

Mais, puisque les auteurs de ce projet font référence au général De Gaulle, il faut rappeler que ce dernier avait déploré publiquement en mars 1959 que le F.L.N. eut assassiné plus de 1.500 civils français (mille cinq cents), hommes femmes et enfants, depuis le début de la guerre d'Algérie. (Discours de Charles De Gaulle Plon 1970 tome III).

Sur quel monument mémoriel pourront être inscrits les noms de ces victimes qui ont continué à se multiplier, jusqu'après de cessez-le-feu et même après la déclaration d'indépendance?

En vous épargnant le couplet sur les millions de morts du communisme à l'échelon mondial, nous appelons, aujourd'hui, tout les Parlementaires qui ont une once de coeur et d'esprit, à voter contre cette proposition de loi inconsistante et servile.

Votre abjection nous interdit toute formule de politesse.
Jean-Marie AVELIN - Président
Alain ALGUDO - Vice-Président